Notre vieille église.

" faisant partie de la nouvelle équipe des chantres, cela me permit de visiter de fond en comble la vieille église de Port de Lanne.
Nous y allions aussi parfois sonner les cloches. Pour carillonner nous montions les deux premiers étages du clocher. Que c'était donc amusant de se suspendre aux cordes et sur la lancée des cloches, d'être entraînés jusqu'au plafond.
Passant par le premier étage du clocher, je pensais avec un peu d'émotion : c'est ici que du temps de Louis Philippe, ma grand-mère, a appris à lire...

Du second étage du clocher une ouverture dans le mur donnait sur le dessus des voûtes de l'église et sur l'énorme charpente qui supporte le toit.
Et que faisions-nous pauvres enfants imprudents et sans contrôle? Nous galopions sur les grosses poutres de la charpente et parfois sur la voûte même de la grande nef. Sous les coups et les vibrations de nos pieds, des pierres auraient fort bien pu se décoller et s'effondrer entraînant les petits fous au fond.
Au cours d'une de ces pérégrinations nous fûmes conduits par un "grand" vers une sorte de vaste trou obscur situé juste derrière l'autel de la chapelle de la vierge. Là s'amorçait la descente d'un escalier en colimaçon. Brr ! que c'était noir et impressionnant! Mais où diable pouvait bien conduire cet escalier ? Selon un des fils de L…. qui vu son âge faisait autorité, il conduisait à un immense souterrain allant se perdre loin, très loin sur les confins du coteau.
Etant enfant, je n'osais point contredire. Mais j'avais déjà remarqué, autour de l'église que les fosses que l'on creusait pour y enterrer les morts se remplissaient d'eau en hiver et presque au ras bord. Un peu plus loin, l'eau des puits du voisinage montait parfois jusqu'au niveau du sol, à cette saison. De plus ce tunnel aurait eu besoin de passer au-dessous d'un ruisseau qui coulait presque toute l'année. Cela ne pouvait être. Et puis, à qui diable ce souterrain aurait-il bien pu servir ? Et qui en aurait assuré l'entretien ?
Plus grandet, assistant à une procession ou un enterrement je remarquai à cet emplacement, comme la base d'une petite tourelle accolée à l'église et tout en bas je remarquai des pierres dessinant comme l'encadrement d'une petite porte maintenant murée. "Tiens me dis-je, le fameux escalier en colimaçon devait être la base d'une petite tourelle qui servait à aller sonner une cloche du temps où le grand clocher actuel n'était pas construit". C'est là mon hypothèse personnelle.
Car ce qui est certain, c'est que l'église gothique actuelle a été reconstruite sur une très vieille église romane dont les lourds contreforts et les énormes piliers sont l'antique souvenir. Une petite ouverture, maintenant murée, située au-dessus de la sacristie montre un plein cintre d'une église romane antérieure... "